Si le pinstriping est encore bien populaire aux États-Unis, en France il est bien moins connu. Et ça rend son apprentissage d’autant plus complexe.
J’ai cherché des cours, des stages, même des livres en Français, mais je n’en ai pas encore trouvé. Et comme ça me paraissait essentiel d’apprendre de quelqu’un ayant de l’expérience dans cet art, je me suis tournée vers les cours en ligne américains, et je me suis inscrite à celui créé par Steve Chaszeyka. Je ne suis pas fan de tout ce qu’il fait, mais je l’ai choisi parce qu’il a une technique incroyable, on sent ses 50+ années d’expérience.
Sa méthode commence par l’essentiel : des lignes. Des centaines, des milliers de lignes, au stylo d’abord, puis au pinceau. L’idée est d’ancrer le geste dans la mémoire musculaire et d’entraîner l’œil à la symétrie. Et aujourd’hui à chaque fois que je reviens au pinceau après un temps de pause, je repasse par toutes ces bases. Voilà à quoi ressemble une de mes sessions typiques, du début à la fin. Si vous apprenez aussi de votre côté, j’espère que ça pourra vous inspirer, mais gardez en tête que je suis encore au tout début, et que je fais probablement des erreurs ! Testez, prenez des avis, et voyez ce qui fonctionne pour vous.
Voilà à quoi ressemble une de mes sessions typiques, du début à la fin — et si vous préférez regarder plutôt que lire, j’ai aussi tout filmé ici :
Le matériel
- De la peinture Enamel. (One shot, Ronan, One stroke, Alphanamel, faites votre choix !)
- Un pinceau de type traînard. Là encore il existe de nombreuses marques. J’utilise un pinceau Mack series 10 numéro 00, parfois un series 20.
- Du papier essuie-tout
- Du white spirit, un pot dédié au « sale » un autre qui restera propre
- Des godets pour la peinture, et le diluant
- Une palette. Ça peut être un magazine au papier gloss, une plaque de verre etc…
- Du diluant. Vous pouvez utiliser du white spirit, ou pour être certain que tout se passe bien, celui proposé par la marque de votre peinture.
- Un support d’entrainement. Plaque en métal, papier, verre, testez et choisissez ce qui vous va le mieux. J’utilise une plaque de verre, comme ça je peux facilement effacer ou racler les lignes et recommencer, ça économise du papier. Mais le verre a la réputation de rentre les choses plus compliquée parce qu’il offre très peu de résistance au pinceau.
- Un tournevis pour ouvrir les boites de peinture.
- Un tablier. Totalement optionnel, mais j’ai déjà ruiné un sweatshirt donc je prends cette précaution.
- De la patience et de la détermination. Super important.
Déroulement d’une session typique
Préparation
- Préparation de la plaque. J’utilise une raclette/cutter pour enlever les lignes de la session précédente puis je passe un chiffon imbibé d’un peu de white spirit pour enlever les tâches récalcitrantes. Je termine par un coup d’alcool ménager pour dégraisser et assurer une meilleure accroche.
- Préparation du pinceau. Si votre pinceau est neuf, vous devez probablement tailler très légèrement le bout pour avoir une pointe propre. Si j’ai déjà utilisé un pinceau, je l’imbibe d’huile pour préserver ses poils et éviter qu’il ne se dessèche. Dans ce cas, je vais plonger mon pinceau huilé dans le white spirit sale puis le presser doucement dans un papier essuie-tout propre pour le sécher. Je répète l’opération jusqu’à ce qu’il n’y ai plus d’huile, puis je rince une dernière fois dans le white spirit propre.
- Préparation du solvant. Je mets quelques gouttes de solvant dans un petit godet près de ma palette.
- Préparation de la peinture. Je secoue bien la boite de peinture pour qu’elle soit uniformément mélangée, puis je l’ouvre à l’aide d’un tournevis. Une fois ouverte je mélange encore un peu à l’aide d’un bâtonnet de glace, vous pouvez aussi utiliser le tournevis, et j’en verse un peu dans mon godet. Je préfère ça plutôt que directement sur la palette parce que j’ai l’impression que ça sèche moins vite. Et surtout, je referme bien le pot de peinture pour éviter qu’il ne sèche !!!
- Préparation du peintre. Chacun a ses préférences. Pour moi, je mets mon tablier, je m’attache les cheveux pour m’éviter une teinture involontaire, je mets mets lunettes (ça aide pour la symétrie héhé), et mon attèle de doigt. Je suis hyperlaxe et mes phalanges sont particulièrement touchées. Porter cette bague m’aide à être beaucoup plus stable, avoir moins mal, et réduire la fatigue.
Des lignes et encore des lignes
Une fois tout ça fait je peux me lancer sur l’entrainement. Je commence toujours par une série de lignes verticales. Elles m’aident à me relaxer et me re-familiariser avec les sensations. Je garde le pinceau bien immobile dans ma main, 45 degrés d’angle, la main et le bras bien immobiles, avec le petit doigt et l’annulaire posés sur la plaque pour me stabiliser et la main gauche qui supporte mon coude. Puis c’est mon corps qui fait le mouvement qui permet de tracer la ligne. De cette façon la ligne est beaucoup plus régulière et droite. Je cherche à faire chaque ligne de la même épaisseur et longueur, et de les espacer à intervalles régulier.

Je fais une dizaine de verticales puis j’enchaîne sur les horizontales, par dessus les verticales de façon à créer une grille. Je peux tout de suite voir si je suis bien régulière grâce aux carrés de la grille. Les horizontales sont toujours plus difficiles pour moi, je ne dois pas encore avoir trouvé la bonne position. Et puis en pinstriping, on doit souvent peindre sur des supports moins facile d’accès qu’une simple plaque, c’est important de tester plein d’angles de peinture pour être à l’aise par la suite.
Après les lignes droites je passe aux courbes en C. Verticales vers la gauche, puis verticales vers la droite. Puis horizontales vers le haut et vers le bas. J’essaie de les disposer de façon à ce que les deux groupes soient symétriques. En me concentrant sur la régularité, chaque ligne doit être presque identique à la précédente. La difficulté de ces courbes vient du fait qu’on doit synchroniser le mouvement du bras et la rotation du pinceau entre les doigts. La lame du pinceau doit suivre la direction de la courbe, si un décalage arrive, ça crée des sortes de pâtés disgracieux sur la courbe.
Après les courbes en C, je fais quelques séries de courbes en S qui viennent doubler la difficulté de celles en C, puisqu’elles enchaînent deux rotations dans les sens opposés. Même schéma pour les directions.
Ensuite je viens reprendre les courbes en C mais cette fois ci je vais les faire se croiser, pour créer ces beaux motifs en damier. Je fais une fois de plus toutes les sens différents, puis même chose pour les courbes en S.

Et pour terminer je m’entraine sur quelques teardrops. Qui sont en fait deux courbes en C attachées aux pointes, et qui ensembles forment une goutte allongée. La difficulté ici est d’être bien symétrique.
Généralement je n’ai plus de place sur ma plaque. Si mon corps me le permet, je peux effacer avec un chiffon de white spirit, et sinon c’est le moment d’arrêter la session.
Nettoyage
Bien entendu après chaque session il faut tout nettoyer.
- Les pinceaux : je commence par enlever l’excès de peinture en pressant doucement les poils dans un essuie-tout propre. Vraiment doucement pour ne surtout pas arracher des poils. Puis je rince le pinceau dans le white spirit sale, et je l’essuie. Le but est qu’il n’y ai plus de trace de couleur sur l’essuie tout. Il faut porter une attention particulière à la base des poils pour éviter que de la peinture y sèche, ce qui raccourcirai la durée de vie du pinceau. Quand il n’y a plus de trace, je le rince dans le white spirit clair. Puis je mets quelques gouttes d’huile pour pinceaux sur les poils, avant de le ranger dans une boite à pinceaux en métal, qui permet de n’exercer aucune pression sur les poils et ainsi préserver la forme du pinceau.
- Les godets : mes godets sont en métal donc je peux passer un essuie-tout imbibé de white spirit pour les nettoyer
- La palette : si c’est un magazine il suffit d’arracher la page et de la jeter. Si c’est du verre, soit un coup de white spirit, soit la raclette une fois la peinture sèche.
- Le support : généralement je le laisse sécher. Ça me permet de regarder mes lignes sur plusieurs jours pour bien repérer mes points à travailler sur la prochaine session.
- Je range tout ça, et je me lave les mains avec un peu d’huile d’olive, pour diluer la peinture sur ma peau, puis je rince avec un savon de marseille et de l’eau.
Réflexions et plan pour la session suivante
Une session me prend généralement 1h30. Étant hyperlaxe, j’ai très vite mal si je reste debout, ou je fais un geste répétitif donc je préfère écouter mon corps et ne pas forcer. Je prend à chaque fois le temps de bien regarder mes lignes pour voir où sont mes points à travailler, et je prévoies ma prochaine session en fonction. Parfois je me filme, comme je suis seule ça m’aide énormément à voir où mon geste peut être corrigé, et ça me permet de garder une trace pour me rendre compte de l’évolution.
Apprendre le pinstriping peut être frustrant, surtout quand on est perfectionniste. Mais même 5 minutes par jour font progresser bien plus que zéro, et c’est ce que je me répète dans les moments de découragement. L’important c’est de ne pas lâcher.
Si vous apprenez aussi le pinstriping en France, j’adorerais échanger avec vous. Comment vous organisez vos sessions ? Vous avez trouvé des ressources en français ? Dites-moi tout en commentaires, et si vous proposez des ateliers, n’hésitez pas à les partager !


